Une fois n’est pas coutume, cet article ne va pas traiter de web marketing ni d’Internet en général. Il est pourtant susceptible d’intéresser les lecteurs de ce blog puisqu’il aborde une question qui concerne tout le monde, après tout : le cerveau humain peut-il fabriquer du bonheur ?

La réponse est oui.

Je me suis intéressée récemment à une série de dix conférences TED regroupées sous le titre « What makes us happy ? » (qu’est-ce qui nous rend heureux ?). Des psychologues, des sociologues, des journalistes, et même un moine bouddhiste nous y livrent les uns après les autres leurs secrets du bonheur. On y entend parler de spaguetti-sauce tomate et de beaucoup d’autres choses. Je vous laisse découvrir les dix conférences en question, pour me concentrer sur la première, qui date de 2004 : celle du psychologue américain Dan Gilbert, de Harvard, auteur du best seller «  Et si vous tombiez sur le bonheur ? » (édition R. Laffont). Expert en bonheur (sic), Dan Gilbert dirige le «Hedonic Psychology Laboratory » où il poursuit ses recherches sur le bonheur. Oui, il y a des gens qui ont une vie professionnelle plus sympa que d’autres…

Le cerveau humain est un « simulateur d’expérience »

Dan Gilbert veut démontrer scientifiquement que le cerveau humain est une machine capable de fabriquer du bonheur en toutes circonstances.

Dans le cerveau humain, c’est le cortex  pré-frontal qui nous permet de simuler des expériences – sans avoir besoin de les vivre.

Par exemple : nous n’avons pas besoin de manger une glace aux escargots pour savoir que ce n’est pas bon.

Or ce « simulateur d’expérience » a tendance à nous faire croire que l’impact d’une expérience donnée sur notre « niveau de bonheur » va être beaucoup plus fort et plus déterminant que ce qu’il est réellement quand on vit l’expérience en question. Imaginez : si vous avez le choix entre 1) devenir paraplégique et 2) gagner plusieurs millions d’euros au loto, je parie que vous allez choisir l’option 2). Votre « simulateur d’expérience » vous laisse penser que l’option 1) vous apportera moins de bonheur que l’option 2). Or Dan Gilbert a étudié le « niveau de bonheur » de deux groupes d’individus, un an après être devenus paraplégiques pour les uns et un an après avoir gagné au loto pour les autres. Croyez-le ou non, le niveau de bonheur mesuré chez ces deux groupes est identique.

Notre cerveau fabrique du bonheur

Nous avons tous un système immunitaire psychologique

Nous avons tous un « système immunitaire psychologique »

Ce résultat, affirme Dan Gilbert, est possible parce que nous possédons un « système immunitaire psychologique » dont le rôle est de fabriquer du bonheur. Ce système immunitaire change notre vision du monde pour que nous nous sentions mieux dans les circonstances que nous vivons. C’est pourquoi même lorsque nous traversons des épreuves difficiles, qui paraissent insurmontables, nous finissons toujours, après quelques mois (parfois plus) par tirer les « leçons » de ce qui nous est arrivé et y voir une source de bonheur. Dan Gilbert illustre son propos en citant les déclarations de plusieurs personnes réelles ayant traversé des épreuves terribles et se déclarant, a posteriori, reconnaissantes et heureuses de les avoir traversées. Ce passage-là de la conférence est très drôle tant le contraste est énorme entre ce que disent ces personnes et ce qu’elles ont vécu.

 

Bonheur « fabriqué » et bonheur « naturel »

Lorsque nous ne parvenons pas à obtenir ce que nous voulons, il semble donc que le cerveau « fabrique » un sentiment de bonheur. Ok, mais me direz-vous : si c’est un bonheur « fabriqué » par notre cerveau, que vaut-il ?

Hé bien, nous dit Dan Gilbert, il vaut autant qu’un bonheur « naturel ». Le bonheur « naturel » étant défini comme celui que nous vivons lorsque nous obtenons ce que nous souhaitons. Cela vous laisse sceptique ? C’est normal : croire que le bonheur « fabriqué » vaut moins que le bonheur « naturel » est un des moteurs même de notre économie ! Qu’arriverait-il à un centre commercial rempli de moines bouddhistes, qui s’appliquent à trouver le bonheur sans souhaiter posséder toujours plus ? Ce ne serait pas joli à voir.

Dan Gilbert veut nous démontrer que le bonheur « fabriqué » est un bonheur absolument réel.  Il met en place pour cela l’expérience suivante :

Il demande à un groupe de « cobayes » de classer dans l’ordre de préférence décroissante 6 reproductions de Monet. Puis il leur propose de leur offrir, au choix,  la reproduction n°3 ou la n°4. Logiquement, tout le monde demande à recevoir la n°3, légèrement préférée à la n° 4. Là où l’expérience devient intéressante, c’est que lorsqu’on demande quelques mois plus tard aux mêmes personnes de classer à nouveau les 6 reproductions dans l’ordre de préférence décroissante, la reproduction qu’ils ont reçue se retrouve en 2ème position, celle qu’ils n’ont pas reçue  en 5ème position. Vous comprenez ? La reproduction qu’ils possèdent est bien mieux, finalement, que ce qu’ils pensaient avant. Et celle qu’ils ne possèdent pas est bien plus moche que ce qu’ils pensaient ! Ils fabriquent du bonheur…Dan Gilbert réalise la même expérience avec un groupe de patients atteints de perte de la mémoire court terme. Ces patients font le même exercice, mais sont incapables à la fin de se souvenir quelle reproduction ils ont reçue en cadeau. Pourtant : lorsqu’ils effectuent leur 2ème classement, le résultat est le même que pour les groupes dont la mémoire est intacte. Leur cerveau, quasiment à leur insu, fabrique du bonheur, de la même façon !

La liberté de choisir n’est pas favorable au bonheur 

Dan Gilbert a organisé pour les étudiants de Harvard un cours de photographie et de développement de photo. Chaque étudiant prend deux photos, puis passe plusieurs heures à les développer en chambre noire. Quand le travail est fini, on demande aux étudiants de choisir la photo qu’ils pourront garder avec eux, l’autre photo étant destinée à l’université. Les étudiants du groupe 1 peuvent revenir sur leur choix dans un délai de 4 jours. Ceux du groupe 2 doivent faire un choix définitif, ils ne pourront plus échanger leur photo. Quelques jours plus tard, que se passe t-il ? Les étudiants du groupe 1 sont particulièrement insatisfaits de la photo qu’ils ont choisi de garder, ceux du groupe 2 sont globalement très satisfaits de leur choix. Conclusion : la condition de « réversibilité » n’est pas favorable au bonheur « fabriqué ». Pourtant si on explique aux étudiants, avant le début du cours, comment fonctionnent les groupes 1 et 2, et qu’on leur demande de choisir dans quel groupe ils souhaitent travailler, deux-tiers d’entre eux vont choisir d’aller dans le groupe 1…donc dans le groupe où ils seront, au final, foncièrement insatisfaits (mais cela, ils ne le savent pas encore) !

Arrêtons de trop nous inquiéter

Inutile de s’en faire

En conclusion : pas la peine de s’en faire !

Bien sûr il existe des circonstances qui sont plus favorables au bonheur que d’autres – il serait vain de le nier. Mais notre « simulateur d’expérience » nous fait croire que les différences entre telle et telle situation sont beaucoup plus importantes pour notre bonheur que ce qu’elles sont en réalité. Nos ambitions, nos attentes ou nos craintes sont souvent démesurées…mais si nous avons conscience que « nous avons la faculté de fabriquer précisément le bonheur que nous recherchons quand nous choisissons nos expériences », cela nous évite beaucoup d’angoisses et de risques inutiles.

Un peu rapide comme démonstration – mais instructif. Qu’en pensez-vous ?