Les Microsoft Techdays avaient pour thème cette année l’Ambiant Intelligence. Une notion bien étrangère à beaucoup de monde (notamment moi), et qui pourtant est à l’origine de la satisfaction quotidienne de millions de consommateurs hyper-connectés, à l’affût d’expériences digitales toujours plus positives, enrichissantes et novatrices.

Cette réalité, pourtant invisible, génère une manne de milliards de dollars dans le monde, particulièrement dans les domaines du Cloud Computing et du Machine Learning et ouvre des perspectives économiques glorieuses. Rendue possible par des innovations technologiques majeures, elle est en train de faire basculer la société de consommation et l’humanité dans une nouvelle ère.

Son développement, à moins de remettre en compte le besoin d’évolution de l’homme, est inéluctable, et promet un gain de bien-être, de confort, de service. Il ouvre toutefois les portes de la boîte de Pandore et fait encourir à l’humanité des risques certains. Accepterons-nous de vouloir remettre entre les mains des géants de l’informatique et de l’électronique, les clés de notre vie privée, de la cyber-sécurité et notre dépendance à l’informatique ?

Bienvenue dans votre monde, celui de l’ Intelligence Ambiante.

« Intelligence ambiante…vivement le jour où le numérique sera devenu aussi invisible et transparent que l’eau, l’électricité, le téléphone dans nos vies de tous les jours » Bernard Ourghanlian Directeur Technique et Directeur Sécurité Microsoft Techdays 12 février 2015

 

Le paradigme de l’Intelligence Ambiante

On appelle l’Ambiant Intelligence, AmI ou informatique ubiquitaire.

C’est une vision, une nouvelle façon de re-penser la relation homme-machine, un monde dans lequel  » les appareils travaillent de concert pour aider les individus à effectuer, d’une manière naturelle, des activités et tâches de la vie quotidienne en utilisant l’information et l’intelligence, dissimulée dans le réseau reliant ces même appareils » (IJACI – international Journal of Ambient Computing and Intelligence).

L'Ambient IntelligenceL’Aml doit pouvoir apporter à l’utilisateur tous les bénéfices d’une hyper-connectivité permanente, intégrée, fluide et translucide, sans laisser la moindre contrainte ni empreinte sur son niveau d’attention.  A la seconde même où vous lisez cet article, vous en profitez déjà au travers de milliers d’applications, objets et appareils qui rendent votre quotidien plus riche, l’accès à l’information plus vaste et qui facilitent votre vie en anticipant vos intentions.

Bernard Ourghanlian définit  l’Ambient Intelligence  comme une convergence de 4 composantes:

  • L’ubiquité: la capacité à interagir partout, à tout moment avec une multitude d’appareils, capteurs et plus largement des systèmes embarqués.
  • La contextualisation: la capacité à sentir (des 5 sens: parler – entendre- toucher – voir – sentir ) les personnes, les appareils, les objets, et à donner un contexte à l’usage. Ceci est rendu possible aujourd’hui par le Cloud dont le secteur affiche une explosion de croissance vertigineuse. Les données stockées dans le Cloud peuvent être contextualisées et donner ainsi plus d’Intelligence aux différents objets et appareils.  La contextualisation devient primordiale pour des terminaux qui servent de multiples utilisations, comme les Smartphones, à la fois téléphones mobiles, assistants personnels, navigateurs web, TV et lecteurs mp3. Dans le cadre de l’Intelligence Ambiante, l’interface, le niveau de service et l’information s’adaptent en fonction de la localisation, du contexte événementiel, et des contraintes locales de réseau (soirée entre amis, shopping dans un centre commercial ou réunion de travail).
  • L’interaction naturelle: la capacité à interagir avec le monde et les hommes qui nous entourent de la façon la plus intuitive notamment par la reconnaissance vocale et la reconnaissance gestuelle.  En utilisant Siri, ou Google Now, l’interface homme-machine s’efface au profit du langage naturel. Désormais, la technologie suit l’homme et non le contraire.
  •  L’Intelligence: la capacité à analyser le contexte et à s’adapter de façon dynamique aux utilisateurs par la persistence des contextes, la modélisation des données et l’intelligence machine. Les appareils ont alors la capacité d’autodéterminer quelles sont les actions ou adaptations à effectuer pour délivrer à l’utilisateur un service ou une information pertinente en fonction de son expérience, de son environnement, et de ses intentions. Cortana, l’assistance virtuelle de Microsoft est une preuve vivante de la puissance du Machine Learning.

L’ Ambiant Intelligence est rendue notamment possible grâce à certaines avancées technologiques:Cloud computing et ambient Intelligence

  • Le Cloud Computing
  • Le Machine Learning (et plus particulièrement le Deep Learning) qui a permis ces dernières années les plus grandes avancées qu’ait connues l’Intelligence Artificielle
  • La miniaturisation des composants et du matériel (nano-technologies, micro capteurs, mémoire, stockage…)
  • Les communications fixes et mobiles sans fil, infrastructures informatiques (vitesse des données, inter-opérabilité, réseaux, architectures orientées service, web sémantique)
  • Les réseaux de périphériques dynamiques, massivement distribués, faciles à contrôler et à programmer
  • Les interfaces au service de l’ homme (interaction multimodales par la voix ou le mouvement, prise en compte du contexte)
  • Les dispositifs et systèmes fiables et sécurisés

L’Intelligence Ambiante, une réponse à l’évolution des technologies et de la société

« Les technologies les plus profondes sont celles qui sont devenues invisibles. Celles qui, nouées ensemble, forment le tissu de notre vie quotidienne au point d’en devenir indissociables », Marc Weiser

Mark Weiser, PARC, le père de l'intelligence ambianteL’AmI est une notion quia été introduite en 1988 par Mark Weiser, CTO du PARC (Palo Alto Research Center Incorporated) alors qu’il partageait sa vision du futur dans lequel les outils informatiques seraient embarqués dans la vie quotidienne des utilisateurs, sans aucune barrière géographique:

Tout comme les révolutions industrielles, l’informatique aussi a subi des grandes périodes ayant permis d’arriver à la faisabilité de notre quotidien numérique.

  • La période des mainframe (des années 1950 au début des années 1970). Ces énormes ordinateurs sont partagés de façon collective par plusieurs personnes. L’utilisation est simple: un écran, une unité centrale, un clavier. L’utilisation qu’on peut en faire est très fonctionnelle.
  • La période des ordinateurs personnels (des années 1980 aux années 2000). Un ordinateur est alors un objet possédé par une personne. L’industrialisation massive et les innovations technologiques ont permis leur accès à moindre coût. Cette période a connu un grand bouleversement par l’apparition vers la fin des années 1990 de l’accès à Internet dans les foyers. En même temps, l’ordinateur devient mobile et les systèmes ubiquitaires
  • L’Ambient Intelligence (depuis 2005). Un individu possède plusieurs terminaux et machines intelligentes: ordinateur fixe ou mobile, Smartphone, tablette, objet connecté et wearables  (et bientôt la voiture connectée). C’est l’ère de la convergence: la possibilité d’accéder à des informations, de communiquer, et de partager au travers de multiples réseaux et de technologies hétérogènes ( Haut Débit fixe et mobile, Wi-Fi, Bluetooth Low Energy, RFID, NFC…), depuis n’importe quel endroit et à n’importe quel moment. Le parcours client est omni-canal; le consommateur est un ATAWAD averti (AnyTime, AnyWhere, AnyDevice). En moins de 5 ans, les terminaux mobiles (Smartphones et tablettes) ont dépassé le nombre d’ordinateurs dans le monde (statistiques International Data Corporation – IDC) L’utilisation unique d’un appareil devient multiple au travers de multiples applications.

L’AmI est à la croisée de deux évolutions technologiques. D’un côté, les portes de l’ « Internet of Things » s’offre à la société (maison intelligente, wearables, …), et permet à l’utilisateur de jouir de nouveaux services et d’expériences. De l’autre côté, il y a  le traitement des Big et Smart Data, permettant au consommateur de profiter des bénéfices de l’IoT avec en plus des actions et recommandations personnalisées sur la base de son comportement et de son environnement. A ce niveau il est évident que l’intelligence artificielle prend une place considérable. Sans elle, le traitement des milliards de données issues des appareils, objets et capteurs est impossible.

L’Intelligence Ambiante, porte d’entrée vers une société d’information idéale ou boîte de Pandore?

Ambient Intelligence et données privativesD’un côté, l’Intelligence Ambiante offre au consommateur un niveau de confort et de satisfaction jamais égalé.  Recevoir à domicile des courses pour remplir votre frigo sans avoir passé la moindre commande parce qu’un système aura détecté que vous recevez du monde ce soir et que votre frigo est vide; une lumière qui se tamise doucement sans que vous ayez appuyé sur le moindre bouton parce que vous vivez un moment romantique…Tout le monde en a rêvé. Le rêve est en train de se fondre dans la réalité

D’un autre côté cette évolution s’accompagne de vrais dangers et risques: Qui collecte les données ? Qui les traite ? Qui les stocke? Qui les vend ?

  • La question du caractère privé de la vie et des données est le vrai problème

En 2012, le NY Times révélait l’anecdote du père de famille s’étant plaint auprès de Target que sa fille alors âgée de 16 ans reçoive des promotions pour des vêtements de femme enceinte. Le Machine Learning de Target avaient intégré une liste de 25 articles susceptibles de signifier une situation de grossesse et d’attribuer à des consommatrices un score de maternité, déclenchant ainsi l’envoi d’offres commerciales ciblées. La jeune fille en eu fait les frais, et le père de s’excuser auprès de Target car les prédictions de l’algorithme avaient seulement anticipé les résultats du test de grossesse !

Les utilisateurs hyper-connectés d’aujourd’hui voudront encore plus de fun et de confort…plus d’intelligence artificielle. L’AmI sera en mesure de leur apporter satisfaction; toutefois le rapport de force va vite s’inverser. Certes, notre vie sera facilitée, translucide, transparente et permettra le règlement de conflits. Cela fera certainement baisser les chiffres de la criminalité et de la délinquance. La vérité numérique transparaîtra aux yeux de tous, certes !

Toutefois, dans quelques années, les panneaux « Ici, Wi-fi gratuit » seront peut-être devenus collector et remplacés par « Ici, zone cyber-sécurisée ». Nous achèterons sans doutes (il s’agit bien d’un nouveau marché) des espaces sécurisés auprès de tiers de confiance pour que nos vidéos, images, données soient conservées de façon hermétique afin de préserver un faible espace d’intimité. Imaginez le recours à un un Hawk Eye (contrôle d’arbitrage par vidéo pour certains sports comme le tennis ) dans votre vie publique et privée … Plus d’infidélité, de crime, de vol, de mensonge? Tout serait stocké et accessible de tous. La mémoire numérique du monde? …

La solution à ce problème réside dans les mains des organisations et entreprises utilisant le Machine Learning et de l’usage qu’ils en feront.

  • Une société sous le contrôle des géants de l’informatique et de l’électronique?

Les milliards de données variables et hétérogènes devront pouvoir être traduites par des opérateurs, non compatibles entre eux. Ces opérateurs ce sont les géants de l’informatique et de l’électronique. Le risque pour le consommateur est d’être contraint par un marché verrouillé (c’est déjà le cas d’ailleurs). Comment passer d’un système à l’autre?

  • La facture environnementale de l’Ambient Intelligence ?

L’extraction des minerais indispensables à la fabrication de composants électroniques, d’écrans est une des pratiques les plus polluantes au monde. Les déchets, tout aussi polluants et toxiques, ne sont pas recyclables. Une approche raisonnable consiste dans l’investissement sur la recherche des composants organiques. De même, le stockage de ces milliards de data nécessite une production d’électricité phénoménale et des circuits de refroidissement sur-puissants.

Selon Greenpeace, les data centers « sont la cause de 2% des émissions mondiales de CO2 et engloutissent 1,5% de la consommation électrique mondiale, l’équivalent de 30 centrales nucléaires » (Libération, avril 2013)

Le boom des Big Data, du Cloud et des objets connectés ne va pas faire baisser la facture environnementale. Toutefois, Google s’est engagé à alimenter tous ses data center par de l’énergie 100% renouvelable, OVH a développé son propre système de cooling water, Amazon Web Services construit un gigantesque parc éolien pour alimenter ses data center…

Et le marketing dans l’ambiant intelligence ?

Ambient intelligence et Machine learningL’Ambient Intelligence, pour exister, doit être invisible aux yeux du consommateur. Elle est un moyen de lui délivrer l’expérience ultra sur-mesure et personnalisée qu’il demande. La partie visible reste la promesse que nous lui avons vendu: plus de sécurité, plus de confort, plus de bien-être…

Le consommateur veut uniquement recevoir un message sur-mesure qui correspondent à des souhaits ou intentions exprimés ou non exprimés, en cohérence avec son histoire et son engagement avec la marque. Il veut de la fidélisation intelligente prenant en compte ses intentions, et ses valeurs humaines, sociétales et environnementales. Pour le satisfaire, nous n’y arriverons pas sans l’informatique cognitive, le web sémantique, l’intelligence artificielle.

Le dialogue de l’ambiance intelligente n’a pas lieu d’être car elle est déjà là et nous ne pouvons pas nous en passer. Nous voulons tous ce confort. L’humanité est faite dans ce sens où nous voulons toujours plus. Seul un cadre d’engagement mondial sur l’utilisation et le traitement des data et le développement de l’intelligence artificielle pourra transformer cette évolution de la société en un témoignage de l’intelligence collective. Cette trame est déjà en cours de tissage…à l’initiative des puissantes entreprises précédemment citées.

J’ai 37 ans, et Bernard Ourghanlian ce jeudi 12 février 2015, en me présentant l’Intelligence Ambiante m’a dotée de lunettes virtuelles fantastiques. En un instant je suis devenue Lucy (Film de Luc Besson) et je redécouvre mon univers, mon monde, celui d’un microcosme intelligent nourri par une sève de bits incessant venant tarir mon besoin de (sur)consommation digitale.